Interview Manuel Picaud

Nés en 1982 à San Francisco, les Gay Games créé par le médecin et décathlonien olympique américain Tom Waddell est un événement sportif et culturel ouverts à toutes et à tous bien qu’historiquement destinés aux athlètes, artistes et musiciens lesbiens, homosexuels, bisexuels et transgenres. En véritable ode à la diversité les Gay Games font jouer des participants valides et non valides. La dixième édition aura lieu à Paris du 4 au 12 août. Nous avons rencontré début février Manuel Picaud (notre photo) président des Gay Games à Paris dans les bureaux de la fédération française d’escrime où se fait l’organisation de l’évènement. 

Manuel Picaud, président des Gay Games

Pouvez-vous me donnez votre définition des gay games ?

C’est pour moi une mise en route de l’ensemble de notre pays sur la promotion du sport qui se veut universel, pensé pour être accessible à tous. 

Comment faire pour y participer ?

C’est simple, que l’on soit valide ou non, il faut choisir son activité sportive parmi les 38 proposées sur notre site internet www.paris2018.fr s’inscrire et remplir l’ensemble des formulaires. Il faut avoir 18 ans et présenter un certificat qu’on soit valide ou non, c’est la loi en France. 

Quel est l’investissement financier ?

C’est un évènement participatif donc le budget est financé par les participants eux même. Ça représente un budget global de 5 millions d’euros. Sur ces 5 millions les pouvoirs publics contribuent à hauteur de 1,2 millions d’euros. Cet évènement rapporte 78 millions d’euros donc c’est aussi un bel impact économique pour la région.

Avez-vous des partenariats avec des associations ? 

Les gay games c’est une Fédération d’association. On souhaite que tous les partenaires possibles soient associés à l’évènement donc il y a des associations d’étudiants, LGBT, sportives, de santé, qui sont engagées avec nous. L’idée première est que Paris 2018 soit le jeu de l’inclusion de la diversité. On veut un événement ou tout le monde se rencontre quelques soit sa différence.

Quel est la part des participants non-valides ? 

Pour le moment, les non valides représentent une infime minorité avec 100 personnes inscrites. Toutes personnes en situation de handicape est acceptée dans le fonctionnement des Gay Games.  L’évènement s’adapte aux participants et non l’inverse. C’est notre philosophie. 

Les épreuves pour les valides et non valides seront-elles séparées ? 

On ne veut pas faire d’épreuves qui soient séparées entre valide et non valide. Les épreuves ont lieu en même temps. Par exemple si une personne mal voyante veut participer au cyclisme, la solution est d’instaurer le tandem dans une course avec une personne valide. On arrive à faire ça parce qu’on a une définition du sport qui n’est pas la même que la définition du sport olympique. Le but n’est pas de battre la performance absolue encore moins de battre l’autre mais c’est se battre soi-même. On veut montrer que le sport ne se compartimente pas. 

« Les Gay Games ne donne pas une définition du sport élitiste mais du sport universel. »

Comment va se dérouler l’organisation des épreuves pour les non valides ?

On a demandé à ce que les personnes en situation de handicap nous préviennent de leur handicap pour s’assurer qu’on peut bien les accueillir correctement. Par exemple, si un candidat en fauteuil veut participer au rugby ce n’est pas possible. Je ne peux pas mettre des fauteuils avec des valides pour ce sport, ce serait trop dangereux. Donc on passe par une sélection individuelle sous réserve qu’il y ait deux équipes complètes en rugby fauteuil. Pareil, si une personne mal voyante veut participer à l’athlétisme elle doit juste signaler qu’elle est mal voyante pour qu’on lui prévoit un accompagnant. Pour les personnes avec un déficient auditif les départs des courses se feront sous formes lumineuses. Jamais les Gay Games n’ont été aussi impliqués pour les non valides.

Pouvez-vous nous racontez la première journée d’une personne non valide ? 

Le programme doit être le même que les valides mais il faut avoir réfléchi pour qu’il soit bien accessible. Donc avoir réfléchi à comment on va s’exprimer pour les personnes mal entendantes. On a deux langues officielles mais il faut au moins une langue sous-titrée pour les personnes ayant une déficience auditive. Il faut toujours penser à l’accessibilité, l’audition, la vision.

Une personne en fauteuil aura donc un choix restreint d’épreuves par rapport à une personne ayant un déficient auditif ?

Oui, une personne en fauteuil sera limitée dans le choix des épreuves par rapport à une personne qui a un déficient auditif. Notre parrain Ryah Sallem porte drapeau de l’équipe de France aux derniers jeux de Londres paralympiques nous avait proposé de limier la participation des athlètes en fauteuils à 3 ou 4 sports. Nous avons pris la décision de suivre ce conseil pour une meilleure organisation. 

Comment les bénévoles vont-ils aider les handicapés ? 

Ils n’ont pas tous besoin d’accompagnateurs. Mais nous avons une brigade de bénévoles qui vont être présents à l’accueil pour répondre aux questions en matière de handicap (l’équipe inclusion paris 2018). Par ailleurs, on a mis en place sur le site internet un certain nombre de préconisations et d’orientations pour les participants en situation de handicap pour qu’ils retrouvent facilement les modes de transports adaptés. L’office de tourisme a également beaucoup travaillé sur le sujet. 

Parmi les athlètes handicapés qui vont participer est ce que certains sont connus ?

Il y aura déjà Ryah Sallem et c’est le seul pour l’instant. Des personnes en situation de handicap vont venir de Londres. C’est une équipe de sitting volleyball. L’épreuve n’était pas prévue mais on va la mettre en démonstration. On va également avoir un juge arbitre anglais Ryan Atkin qui va devenir l’un de nos ambassadeurs. Il y aura aussi des personnalités. Anne Hidalgo a déclaré participer au tennis de table. Lilian Thuram a promis qu’il jouerait au foot s’il y a 15 000 participants. Et notre marraine est Laura Flessel, ministre des sports.

« Nous ne sommes pas en opposition avec le mouvement olympique.  On apporte juste la possibilité à tout à chacun de participer. »

Quel est le regard des valides sur les non valides ?

Il y a une solidarité incroyable ! J’ai constaté lors des éditions précédentes l’énorme bienveillance qu’il y a sur les terrains de sport. Ça veut dire que lorsqu’on fait une course et qu’une personne handicapée y participe, elle est applaudie comme personne. Ce n’est pas la performance qui est mis en avant mais le dépassement de soi malgré le handicap. 

En tant que président des Gay Games êtes-vous inscrit à une épreuve ?

Je suis le premier inscrit parce que j’ai voulu donner l’exemple. Je ferai le 5km. Je me suis dit que c’était le temps que je peux consacrer à mon sport pendant les Gay Games. 

Vous qui êtes très impliqué, qu’est-ce qui vous touche le plus dans cet événement ?

Les principes de base des Gay Games m’ont touché quand j’ai participé à l’événement en 1998 à Amsterdam. Je me suis rendu compte que cette compétition ne délaissait personne quel que soit sa différence ou son handicap. L’expérience a été inoubliable pour moi c’est pourquoi j’ai voulu la faire partager au maximum. Je me suis dit qu’un jour les Gay Games devaient arriver à Paris. Lorsqu’une équipe a réussi la candidature je les ai rejoints et je me suis impliqué de tel sorte que j’ai abandonné toute activité autre pour me concentrer à l’association de manière bénévoles pendant 5 ans. Je suis impatient que l’événement commence !

Propos recueillis par Natacha Grosse

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