Anne Hidalgo : Entre loup et agneau, ou les deux visages de la maire de Paris

crédit :LOIC VENANCE

En à peine trois ans, l’ex-adjointe discrète de Bertrand Delanoë, devenue entre-temps maire de Paris, semble s’être fait plus d’ennemis que d’amis. Automobiliste, forains, politique de gauche et de droite, la liste s’allonge à mesure que son mandat s’écoule. Tournée vers le futur, 2020 approche, et elle se déclare déjà candidate, plus loin les Jeux olympiques 2024. Les yeux rivés sur elle, tous se demandent si elle relèvera le défi d’un tel évènement. Mais qui se cache derrière l’actuelle maire de Paris, portrait.

Sous les traits de cette femme de 57 ans, se cache une douceur soyeuse et à la langueur incertaine. Ses obligés comme ces ennemis-là disent « main de fer dans un gant de velours ». Atypique malgré elle, elle est la première femme à avoir pris les rênes de la mairie de Paris. Donc une femme, avec trois enfants, issue de l’immigration, Hidalgo semble incarner une certaine modernité. Une femme décomplexée qui vit avec son temps. Son enfance, elle la passe en Andalousie, sous les traits d’Ana. Puis la montée du franquisme combiné à celle de la misère l’oblige, elle et sa famille à fuir leurs terres natales. Leur valise se pose dans un quartier populaire de Lyon. Ana mue alors en Anne. Son père un peu macho un peu syndiqué la force à être la féministe farouche qu’on lui connaît aujourd’hui.

Bertrand Delanoë accompagne Anne Hidalgo pour fêter son élection comme maire de Paris sur le parvis de la Mairie. Paris, dimanche 30 mars 2014 – 2014©Jean-Claude Coutausse

Son premier contact avec la politique, c’est auprès des cabinets ministériels. Notamment chez Martine Aubry, qui lui a mis le « pied à l’étrier », mais avec qui maintenant le discours est rompu puisque « fâché à mort », selon les propres mots d’Anne Hidalgo. Par la suite elle est nommée 1re adjointe au maire Bertrand Delanoë. Elle devient Anne, la discrète, appliquée, calme, l’incarnation même de la gentillesse, un véritable agneau. Pas vraiment, à craindre, c’est peut-être pour cela que l’ancien maire de Paris la faite adjointe. L’ambition suprême ne tarde pas à arriver. Sa candidature pour la mairie de Paris en 2012 l’inscrit dorénavant dans la cour des grands. Face à la droiture qui prend tout de même le métro qu’incarne NKM, sa principale adversaire de l’élection, Anne Hidalgo a su se faire roseau et n’as pas cédé, jusqu’à remporter la mairie. Jean-Paul Huchon président du conseil régional d’île de France déclarait au micro de RMC : « On la croyait sans ambition, elle était juste patiente. Et on la découvre autoritaire ». Le loup est peut-être bien entré dans la bergerie qu’est la mairie de la capitale.

crédit : Reuters

Depuis son arrivée à la mairie, elle n’a pas vraiment réussi à se mettre tout le monde dans la poche. La faute peut-être à sa coalition rose-rouge-vert un brin vintage qui la fait partir dans tous les sens. Le vent pas vraiment en poupe, l’« hidalgo-bashing » a vu le jour, une pratique qui consiste à conchier la maire PS d’insultes et autre expression dégradante. La faute à pas de chance, Hidalgo semble s’être mis beaucoup de Parisiens à dos, pour cause la fermeture des voies sur berge son « bébé ». Ou encore le nouveau plan vélib qui s’enraille, la privatisation des contractuelles, ras-le-bol chez les bobos. Mais les Parisiens ne sont pas les seuls à tirer la tronche. La liste de ses inimitiés politiques commence à se faire longue. Hollande, Valls, Cécile Duflot, NKM, Martine Aubry, Myriam El Khomri, Bertrand Delanoë, Daniel Vaillant. Même le président de la République n’est pas en bonne grâce. Monsieur Macron, n’a certainement pas dû oublier ses mots en 2016 à son égard, « Macron ? Rien à battre » même si les relations entre eux se sont pacifiées.

La joie dans les visages de Tony Estanguet, Anne Hidalgo et Guy Drut lors de l’élection de Paris pour les J.O 2024 / Crédit photo : Le Parisien

Avec son projet des Jeux olympiques 2024, elle veut en quelque sorte se redorer le blason, une sorte de mea-culpa public et plus qu’ambitieux. Elle veut contre vent et marée représenter Paris aux yeux du monde. Mais l’ambition n’est-elle pas trop grande ? Ce sont là les limites de la politique d’Hidalgo. À l’annonce des premiers budgets, la mairie a vu trop grand et dépassent tous les records. Sur les délais de construction ? Même son de cloche. Et puis sa volonté écologique qu’elle rabâche à longueur de journée ne va-t-elle pas à contre-courant d’un tel évènement ? Pourtant fermement opposée au fait d’accueillir les JO sous Bertrand Delanoë, elle semble avoir changé d’avis et regard vers l’avenir qui se dessine. Reste à attendre l’élection de 2020 pour savoir si elle réussira à concrétiser la grande ambition qu’elle a pour Paris.

3 réponses sur “Anne Hidalgo : Entre loup et agneau, ou les deux visages de la maire de Paris”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *