Jeux Olympiques : Une arme politique

Sous couvert de neutralité, cachés derrière le mot « apolitisme » qui n’a jamais été qu’une utopie, les jeux olympiques modernes sont une vitrine internationale de premier choix. Propagande, boycotts ciblés, attentats, images fortes pensées et orchestrées au millimètre… Et si les jeux n’étaient qu’une manière de développer et affirmer des ambitions étatiques ? Les Jeux Olympiques sont-ils un évènement au service des Nations ou des peuples ?

En 1896, Pierre de Coubertin, alors président du CIO, avait un rêve. Un rêve de sport, d’unicité, de dépassement des frontières dans et par le sport. Les Jeux Olympiques devaient être, selon Coubertin (puis ses successeurs), au dessus de la mêlée politique. Mais très vite, la visibilité des Jeux et leur hypermédiatisation en font une prolongation des rivalités géopolitiques, une nouvelle scène d’affrontements

Les Jeux Olympiques ou le mythe de l’apolitisme

Dans la Grèce Antique, les Jeux Olympiques étaient l’époque de la grande trêve. Tous les cités-Etats posaient les armes le temps des Olympiades. Les affrontements se faisaient alors sous couvert de compétition sportive, galvanisant les rivalités. Les Jeux olympiques modernes réutiliseront ces codes.

L’apolitisme des Jeux est alors édictée comme la règle absolue. Dans la charte olympique, est proscrit toute expression politique : discrimination politique, utilisation politique des Jeux, manifestation politique sur les lieux des jeux, discours politique pendant les Jeux.
Mais, comme le dit Pierre Milza, « la politique (est) en quelque sorte la maladie infantile de l’Olympisme ». Une compétition internationale entre nations ne peut être que l’expression des rivalités qui existent hors du cadre des Jeux. Dès lors, ils deviennent aussi des évènements politiques et stratégiques de premier ordre.

Les jeux Olympiques : un outil de propagande déguisée

Bien que la politique se soit immiscée dès les premiers jeux olympiques modernes (premier boycott des français en 1896), la date la plus communément retenue est celle de 1936 : Les Jeux Olympiques de Berlin, au coeur de l’Allemagne nazie : un symbole de l’instrumentalisation politique du sport.

Les images sont grandioses : un stade aux proportions de Moloch construit pour l’occasion, le défilé millimétré des Jeunesse Hitleriennes, les milliers d’Allemands faisant le salut nazi. Les cérémonies d’accueil des sportifs exaltent la grandeur du régime et le triomphe de son chef. L’aigle nazi plane sur tous les bâtiments. Pour le IIIe Reich, il s’agit d’exploiter les Jeux pour fournir aux spectateurs et aux journalistes étrangers une fausse image de l’Allemagne, pacifique et tolérante. Jean Longuet, député radical-socialiste français en 1935, pour soutenir la demande de boycott voulue par une grande partie des français, résumait en ces termes : « Les Jeux Olympiques de l’année prochaine ont été conçus par les dirigeants actuels du Reich comme une apothéose du régime allemand ».

Le CIO fournit alors un outil de propagande au parti national-socialiste. Et un outil de propagande d’autant plus efficace que l’année 1936 voit l’apparition de la télévision dans les foyers allemands. Les Jeux Olympiques sont projetés dans les salles de cinéma et à la télévision.

La promotion de la race aryenne par l’esthétisme de la cinéaste nazie Léni Riefensthal

Les Jeux deviennent dès lors un outil de promotion du IIIe Reich : une promotion en interne du régime mais également un rayonnement de la puissance allemande à l’extérieur.

Les Jeux olympiques séparés par un rideau de fer

Le contrôle de l’image n’est pas l’apanage des régimes totalitaires. Les démocraties utilisent elles-aussi les Jeux Olympiques comme un outil de promotion.
Lors de Jeux Olympiques de Helsinki en 1952, en pleine guerre froide, ils sont instrumentalisés par l’URSS et par les Etats-Unis, avec une idée fixe : qui du communisme ou du capitalisme permet les meilleures performances ?

L’édition finlandaise des Jeux marque un tournant. Alors qu’en 1948 à Londres, l’URSS avait choisi de boycotter les Jeux, Staline décide en 1952 d’envoyer une importante délégation. Un geste fort dont on ne sait s’il traduit une volonté d’apaisement ou une propagande déguisée. Pour l’URSS, il s’agit de prouver que le système sportif des communistes est le plus performant, transformant le terrain en une lutte des classes : travailleurs soviétiques contre bourgeoisie américaine.

Le président des Etats-Unis de l’époque, Gérald Ford disait que « compte tenu de ce que représente le sport, un succès sportif peut servir une nation autant qu’une victoire militaire ». Les Jeux Olympiques se trouvent être, encore une fois, la continuation de la politique des Etats. Une guerre froide qui utilise d’autres moyens que l’intimidation nucléaire.

Les Jeux Olympiques : la scène privilégiée des revendications du peuple

Les Jeux Olympiques ne sont pas qu’une vitrine des Etats-nations. Les athlètes, conscients d’appartenir à un évènement globalisé et ultra-médiatisé (apparition de la diffusion satellitaire mondiale et en direct au cours des années 1960), vont eux-aussi ramener des problématiques sur le devant de la scène. En ligne de mire : les progrès sociaux et les droits de l’homme.
En 1968, deux athlètes entrent dans les annales, non pas en battant des records ou en gagnant l’or pour leur pays, mais en levant le poing. Sur le podium du 200 mètres, Tommie Smith et John Carlos (respectivement 1 et 3e du classement), deux afro-américains, baissent les yeux et brandissent un poing ganté quand retentit l’hymne américain. En totale violation de la charte olympique, les deux athlètes entendent dénoncer les injustices faites aux Noirs aux Etats-Unis et veulent attirer l’attention du monde entier. John Carlos, déclarera : « Après ma victoire, l’Amérique blanche dira que je suis américain. Mais je n’avais pas été bon, elle m’aurait traité de Noir (…) Nous sommes des sortes de chevaux d’exhibition pour les Blancs. Ils ne nous donnent pratiquement rien, nous tapent sur le dos en disant « Garçon, c’est bien ». Leur geste restera gravé comme le symbole de l’utilisation par les athlètes de la tribune olympique.

Le sport et l’olympisme ont notamment été à l’avant-garde de lutte contre l’apartheid. Dès 1988, le CIO, dans L’Olympisme contre l’apartheid, appelle à l’isolement total du sport ségrégationniste. C’est à partir du sport et de l’action du CIO que le mouvement anti-apartheid se répand ensuite à des domaines plus centraux, comme l’économie, le social…

Après le bilan catastrophique de la France aux Jeux-Olympiques de Rome en 1960 (aucune médaille d’or, deux médailles d’argent, trois médailles de bronze) le Général de Gaulle lance un grand plan national d’éducation au sport et d’équipements sportifs – preuve de l’incidence des Jeux sur la politique interne des Etats.

Les Jeux Olympiques : une politique de rayonnement

Les Jeux Olympiques apparaissent de plus en plus comme un rouage essentiel dans le corps d’un Etat. Le pays qui ne participe pas aux Jeux Olympiques semble être le vilain petit canard du jeu des puissances. Pour être légitimé, il faut faire parti du mouvement olympique. Pascal Boniface résume : « L’adhésion au CIO semble faire partie du « kit » de l’indépendance nationale, avec l’admission à l’ONU ».

Une réalité encore plus significative lorsqu’il s’agit d’accueillir les Jeux Olympiques sur son sol. En 2014, le CIO choisit le Brésil comme terre d’accueil des Olympiades, avec la volonté de faire une place au soleil à ces pays émergents qui méritent bien un case dans l’échiquier mondial. La multipolarisation du monde aidant, les Jeux ne sont plus l’apanage des pays établis mais redistribuent les cartes du prestige international.

Les Jeux Olympiques, malgré les efforts du CIO, ont toujours été politisés. De leur appropriation par les régimes totalitaires aux tribunes qu’ils fournissent aux peuples, ils n’ont toujours été qu’une vitrine des enjeux politiques, économiques, stratégiques et sociaux des conflits en cours. »A partir du moment où on rassemble, en vue d’une compétition, des citoyens de différents pays, l’évènement et forcément politique » résume Pascal Boniface dans son ouvrage JO Politiques. Un phénomène à l’ampleur exceptionnel, qui doit toutes ses gigantesques proportions aux médias.

Marine Chassang

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