Introduction

La création des Jeux Olympiques modernes, dont la première ré-édition a eu lieu en 1896, concorde avec l’apparition des premières caméras et l’invention du cinéma. Les histoires des Jeux et celle de l’image sont donc très étroitement liées.

Très rapidement, les épreuves sont filmées, sous forme de petites actualités, et connaîtront un véritable succès. L’avènement et la démocratisation de la télévision aidant, les épreuves des Jeux Olympiques seront diffusées massivement et rencontreront un large public. L’impact nouveau des images sur les spectateurs, couplé au vecteur d’une diffusion intense, feront de ces images le parfait conducteur pour les idéologies, de la plus pacifiste à la plus dévastatrice. Ainsi, aux côtés des valeurs humaines promues par le sport et la neutralité auto-proclamée de Jeux Olympiques, viennent s’immiscer des gouvernements qui vont politiser les Jeux et intégrer des images de propagande dans ces cérémonies sportives.

Pierre de Coubertin, le grand manitou de ces Jeux olympiques modernes, avait en tête un double objectif : créer un événement d’envergure internationale et promouvoir les valeurs sportives qui lui sont chères. Malgré les « bonnes intentions » dont se drapait Pierre de Coubertin, son initiative était loin d’être dénuée d’idéologie politique.

Lors de ces premiers Jeux Olympiques de 1896, les français boycottent déjà les Jeux du fait de la présence allemande (la guerre de 1870 froisse les fiertés) et inaugurent ainsi une longue tradition de boycotts politiques. De même, les épreuves étaient interdites aux femmes. Pierre de Coubertin se justifiait : « Il est indécent que les spectateurs soient exposés au risque de voir le corps d’une femme brisé devant leurs yeux. En plus, peu importe la force de la sportive, son organisme n’est pas fait pour supporter certains chocs.» Déjà, il avait compris que les images sont lourdes de sens dans les Jeux Olympiques.

De Jeux en Jeux, cette image a été manipulée au gré des idéologies dominantes de l’époque. Après avoir servi à diffuser les valeurs sportives, les images ont été produites pour entrer au service des dictateurs. Le cas le plus célèbre étant les Jeux Olympiques de 1936 à Berlin sous l’Allemagne Nazie. L’idéal de la race aryenne, pensée par les nazis, fût promue par le biais d’une propagande extrêmement active s’appuyant sur l’esthétique des corps et les performances sportives.

Depuis, le libéralisme s’est emparé de l’événement. Les sponsors se comptent en milliers. L’image et la visibilité des marques est devenu l’enjeu principal de la production photographique et filmique des JO. Nous sommes donc loin des valeurs de cohésion internationale et de valeurs humaines universelles promises par le rêveur Coubertin.  

Marceau HENAULT